TU SAVAIS QUE,

quand il était jeune…, poursuivit AKANE. Oh, je te parle de ça, il devait avoir seize ou dix-sept ans. Il ne s’appelait pas ROKARU, mais KUROKARU ?. Ce qu’on pouvait traduire par « le corbeau noir », kuroi karasu, parce qu’il graffait essentiellement un corbeau noir au pochoir sur les murs des ruelles.

« Comme ça ?
Du jour au lendemain ? »

— Un peu comme BLEK LE RAT ? réagit spontanément Vicky.
— Tu ne crois pas si bien dire, c’était son idole absolue, s’exclama AKANE. Tu sais, quand le graffiti et la signature se confondent. Bon, comme je te l’ai dit, il avait quoi ? Seize ans, dix-sept ans maxi.

— Et qu’est-ce qui l’a fait changer ? demanda Vicky.
— Je ne pourrais pas te le dire avec certitude. Je l’ai connu bien longtemps après, mais je sais qu’à un moment donné, il a ressenti comme un manque de couleur dans son travail.
— Comme ça ? Du jour au lendemain ? Vicky fut surprise.
— Pour moi, cette époque est assez floue, raconta AKANE. D’après un de ses potes, ce serait suite à une expo qu’il aurait vue, peut-être même pas à Tokyo d’ailleurs. Mais lui-même n’en parle jamais. En tout cas, il a enlevé le noir de sa signature — kuroi, en japonais — et KUROKARU est devenu ROKARU.

« A-t-il seulement
jamais cessé
de l’être ? »

L’anecdote avait plu à Vicky.
— Je ne savais pas qu’au début, il taguait des corbeaux…
— Mais tu sais, l’interrompit AKANE, depuis quelque temps, il part sans rien dire en pleine nuit. J’entends le cliquetis des bombes de peinture dans son sac quand il descend l’escalier.

Elle marqua une pause.

— Et il semblerait que des corbeaux noirs soient réapparus sur les murs, dans les ruelles étroites derrière SHIBUYA, entre les izakayas, les bars et les petits restaurants… Enfin, à ce qu’on raconte. AKANE sourit.
— Tu crois que ROKARU redevient KUROKARU, en tout cas de temps en temps ? Vicky sourit à son tour.
— A-t-il seulement jamais cessé de l’être ? répondit AKANE.

DE KUROKARU À ROKARU...

Shōbu no Hime (菖蒲の姫) – 2026
(Extrait)